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Demande d'interpellation citoyenne au Conseil communal par Madame Anna Tinebra concernant " l’arrachage de haies à Charleroi ". https://www.deliberations.be/charleroi/decisions/23-mars-2026-18-30/demande-dinterpellation-citoyenne-au-conseil-communal-par-madame-anna-tinebra-concernant-larrachage-de-haies-a-charleroi https://www.deliberations.be/@@site-logo/logo.svg
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Séance publique du Conseil
23 mars 2026 (18:30)
Point N° 4
State
Décision
Matière
Politique générale
Mandataire
Bourgmestre (T. Dermine)

Demande d'interpellation citoyenne au Conseil communal par Madame Anna Tinebra concernant " l’arrachage de haies à Charleroi ".

Entend la question citoyenne de Madame Anna Tinebra :

Monsieur le Bourgmestre,

Mesdames les Échevines, Messieurs les Échevins,

Aujourd'hui, je vous interpelle concernant les opérations d’arrachage de haies menées récemment dans les différents quartiers du territoire communal. Celles-ci ont été confiées à un prestataire externe privé.

Ces interventions suscitent chez moi et auprès d’autres citoyens une incompréhension et une réelle colère, renforcée par le fait de n’avoir ni été informés ni consultés. Supprimer la végétation enlaidit la Ville et porte atteinte au confort de vie des habitants.

Au-delà de cette émotion, ces arrachages soulèvent plusieurs questions fondamentales liées à la protection des Carolos, à leur qualité de vie, au cadre de vie et à la biodiversité. Alors que de nombreuses villes européennes investissent massivement dans la végétalisation et même débétonnisent pour protéger la population des îlots de chaleur, prévenir les inondations et favoriser la biodiversité, supprimer la végétation apparaît à l’inverse préjudiciable.

Par ailleurs, avec le dérèglement climatique, on observe déjà un début de nidification pour de nombreuses espèces d’oiseaux, dont la présence en ville constitue un atout écologique reconnu.

Je souhaite poser les questions suivantes au conseil communal aujourd'hui :

  1. Quel est l’objectif de cette opération ?
  2. Quel est le montant du marché public ?
  3. Une évaluation écologique préalable a-t-elle été réalisée avant ces opérations d’arrachage ? Si oui, pouvez-vous la rendre publique ?
  4. Ces interventions respectent-elles strictement la législation en matière de protection de la biodiversité et de nidification ?
  5. Pourquoi aucune concertation ni information préalable n’a-t-elle été organisée avec les habitants concernés ?
  6. Pouvez-vous suspendre votre action d’arrachage dans l’attente de trouver une autre/des autres solutions et de consulter les habitants des quartiers concernés ?
  7. Avez-vous prévu de replanter en améliorant le choix des espèces de haies ?
  8. Plus largement, une stratégie globale de végétalisation existe-t-elle, et dans l’affirmative, comment ces arrachages s’y inscrivent-ils ?

Il en va de la protection de notre biodiversité locale, de la qualité du cadre de vie et de la protection des Carolos, ainsi que d’une gestion responsable et anticipative des deniers publics face aux défis actuels.

Merci

Entend la réponse de Monsieur l'Echevin Eric Goffart :

Bonsoir Madame Tinebra, 

Je vous remercie pour votre question.

Les interventions récentes sur certaines haies communales suscitent des réactions auxquelles je suis évidemment très attentif parce qu'elles touchent à la fois à la qualité de vie, au paysage urbain et à la biodiversité dans nos quartiers.

Elles s'inscrivent toutefois dans une évolution plus large de la gestion de la nature en ville que je souhaite expliciter en toute transparence afin que chacun comprenne les objectifs poursuivis et la manière dont ils sont mis en œuvre.

Tout d'abord, il est important de rappeler le cadre général. La ville s'est dotée d'une stratégie nature en ville qui vise à renforcer la place du végétal, à lutter contre les îlots de chaleur, à mieux gérer les eaux pluviales et à favoriser la biodiversité dans les quartiers. Cette stratégie se traduit par de nombreuses actions concrètes comme le développement de prés fleuris, la mise en place à large échelle du fauchage tardif sur une partie significative des espaces verts, les plantations saisonnières ainsi que l'organisation récurrente de la journée de l'arbre avec distribution d'arbres et d'arbustes indigènes au public sur le site des serres de Ransart.

L'objectif global reste bien d'augmenter la nature de qualité à Charleroi et non de la réduire. Les opérations d'arrachage qui vous interpellent doivent être comprises dans ce contexte de gestion différenciée des espaces verts tels que promus à l'échelle régionale. Adapter les modes de gestion aux usages, aux contraintes et à la valeur écologique de chaque site avec des essences mieux adaptées et un entretien raisonné.

Une partie des haies concernées est composée d'essences exotiques monospécifiques devenues volumineuses, coûteuses à entretenir, source récurrente de conflits de voisinage et présentant un intérêt écologique limité, en particulier pour l'avifaune et les pollinisateurs lorsqu'elles font l'objet de tailles drastiques et fréquentes.

Depuis plusieurs années, le collège a d'ailleurs décidé de ne plus recourir à ces essences exotiques dans les nouvelles plantations, précisément pour améliorer la qualité écologique de notre patrimoine végétal.

Les interventions ont été planifiées par les services dans un double souci de durabilité et de sécurité. D'un point de vue environnemental, l'objectif est d'orienter progressivement les plantations communales vers des essences diversifiées, indigènes, plantées en port libre qui favorisent la biodiversité et exigent un entretien moins lourd, donc plus soutenable à long terme compte tenu des moyens humains et financiers disponibles.

D'un point de vue sécuritaire, certaines haies étaient identifiées comme problématiques en raison de l'obstruction de la visibilité. Certaines créaient des recoins favorisant les dépôts clandestins ou des caches pour activités illicites et nuisaient au sentiment de sécurité dans l'espace public. La police et les riverains ont d'ailleurs formulé au fil du temps des demandes allant dans le sens d'une ouverture de plusieurs espaces. Les questions légitimes relatives aux périodes de nidification et au respect de la législation en matière de biodiversité ont été intégrées en amont.

Les opérations ont été programmées en dehors des périodes sensibles pour la nidification des oiseaux et aucune haie remarquable n'a été retirée. Les services veillent à respecter les réglementations régionales et communales en vigueur en matière de protection de la nature, de même que les bonnes pratiques recommandées pour une gestion écologique des espaces verts.

Cette vigilance s'inscrit dans la continuité des démarches menées par la ville et ses partenaires pour adapter les méthodes d'entretien à la biodiversité en milieu urbain.

Toutes ces actions se déploient sous la supervision des éco-conseillers de Nature en ville qui accompagnent les services dans la planification et le suivi des interventions sur le terrain.

Concernant la dimension financière de l'externalisation, en 2025, environ 1,2 million d'euros ont été commandés par le service Nature en ville sur les différents marchés d'entretien des espaces verts, toutes prestations confondues ; comme par exemple l'entretien courant, les tailles, les élagages et les opérations d'arrachage ciblé.

Dans ce cadre, certains chantiers plus lourds nécessitant du matériel spécifique sont confiés à des prestataires, ce qui permet de concentrer le travail des équipes communales sur des tâches pour lesquelles leur expertise est la plus pertinente, tout en veillant à l'efficience de l'usage des deniers publics. Cette répartition fait partie d'une réflexion globale sur l'organisation des services et la soutenabilité de l'entretien à long terme.

La question de la concertation avec les habitants est au cœur de vos préoccupations et naturellement nous la partageons. Pour les projets d'aménagement d'ampleur, une information est prévue et des concertations citoyennes sont organisées dans la mesure du possible. Pour les interventions de gestion courante, il n'est pas possible matériellement de consulter chaque riverain avant chaque taille, élagage ou remplacement, surtout dans une ville de la taille de Charleroi.

Ça n'empêche pas de faire évoluer nos pratiques. Je suis particulièrement attentif aux améliorations à apporter en matière d'information aux citoyens. Une communication plus visible serait organisée en amont, surtout concernant les chantiers les plus sensibles. Je souhaite que nous puissions, avec l'administration, renforcer le dialogue avec les habitants autour de la nature en ville.

Concernant la suspension immédiate des interventions, la campagne d'arrachage de cette saison est terminée et les prochaines étapes se concentreront sur la replantation et la réorganisation des sites. La transition ne pourra pas se faire du jour au lendemain sur l'ensemble des emplacements car les replantations doivent être planifiées site par site en fonction des contraintes techniques, comme la proximité de voirie, de trottoirs, de mitoyenneté ou de réseaux souterrains et des marges budgétaires disponibles.

L'intention est de privilégier, là où c'est pertinent, des remplacements par des massifs diversifiés, indigènes et favorables à la faune ou par d'autres formes de végétalisation qui renforcent le maillage vert dans les quartiers.

Enfin, et j'en terminerai par là, il me paraît essentiel de rappeler que la ville est engagée depuis plusieurs années dans un mouvement de renforcement de la nature sur l'ensemble de son territoire. Cette vision globale vise un paysage urbain plus résilient face au dérèglement climatique, plus accueillant pour la biodiversité et plus agréable à vivre pour les Carolos.

Les adaptations sont parfois visibles comme le remplacement de haies inadaptées et ces adaptations visibles participent de cette transition qui prendra plusieurs saisons mais qui va clairement dans la direction d'une ville plus verte, mieux gérée et plus sûre. J'espère avoir répondu à vos différentes interrogations.

Entend la réplique de Madame Anna Tinebra :

Monsieur l'Échevin,

Merci, je vous ai entendu et je me réjouis d'avoir entendu certains éléments que j'allais vous apporter. En effet, ça me rassure.

Néanmoins, je pense que ce que vous venez d'expliquer aurait été beaucoup plus clair s'il n'y avait pas eu d'absence totale de concertation. Et c'est là que le bât blesse, c'est qu'il n'y a pas eu de concertation avec les habitants.

Et lorsqu'on découvre au lendemain la disparition des haies qui structuraient leur environnement, on ne peut pas juste parler d'une simple gestion administrative. On ne peut pas dire "On n'a pas le temps". Pour certains habitants, ça a été une rupture de confiance. Et donc, il me semble que c'est important en effet de reprendre le lien avec les citoyens.

Alors, quand vous parlez de l'argument sécuritaire, ce n'est pas la végétation qui crée l'insécurité, c'est l'abandon des espaces publics. Une haie entretenue ne pose pas de problème. Au contraire, un environnement soigné, vivant et fréquenté renforce le sentiment de sécurité. La sécurité, elle repose sur la présence humaine, l'éclairage, la qualité des aménagements, pas sur la disparition du vivant.

Alors, je me réjouis d'entendre qu'en effet, même face aux restrictions budgétaires, l'exigence d'une gestion rigoureuse des finances à Charleroi, je plaide et j'entends que cela a bien été mis en place pour une gestion différenciée des espaces verts.

Et ça, il faut l'expliquer, je pense, aux citoyens. Il s'agit d'adapter l'entretien selon leurs usages, de laisser la place à la nature là où c'est pertinent et favoriser la biodiversité réduit les coûts d'entretien inutiles. Et donc en effet, je pense qu'il faut vraiment y aller. Ce qui est important aussi, il nous semble qu'à la ville vous disposez déjà de compétences internes qui pourraient être mieux mobilisées pour structurer une véritable stratégie végétale qui n'est pas suffisamment communiquée en tout cas. Alors la question budgétaire, j'entends ici qu'on a quand même entendu que la ville a récemment bénéficié de moyens importants. Notons les 20 millions d'euros.

Voilà, c'était important de savoir à quel niveau étaient mis en place, mobilisés pour renforcer ce système, la végétalisation et améliorer surtout le cadre de vie des Carolos face aux défis climatiques parce qu'améliorer ce cadre de vie, c'est également améliorer la santé des citoyens. Je regarde un peu mon petit copion, tout ce qu'il me reste à vous dire, mais vous avez répondu à pas mal de choses et en tout cas, en somme ce qui est important ce n'est pas voir cette gestion comme une dépense mais c'est surtout un choix de gestion responsable, durable et intelligent.

Et donc malgré tout ce qu'on a vu nous en tant que citoyens, ce que moi j'ai vu en tant que citoyenne, ce que vous appelez vous de la gestion, moi je l'ai perçu malheureusement comme une régression face à cet arrachage. Voilà, merci beaucoup.

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