Interpellation citoyenne - Gaza
Madame TEXTE MASQUÉ | RGPD prend la parole faisant suite à sa demande d'interpeller le Collège communal au sujet de la situation à Gaza. Elle donne lecture de son texte :
" Un génocide se déroule sous nos yeux à Gaza.
Plus personne ne peut l’ignorer maintenant. Des images horribles nous parviennent chaque jour de Gaza. Les dirigeants occidentaux parlent de « honte absolue » (le président Macron), de « génocide » (Maxime Prévot, notre ministre des affaires étrangères, à titre personnel), une majorité d’états européens veulent revoir l’accord de coopération avec Israël, le secrétaire général de l’ONU s’alarme du bilan humain, le haut-commissaire des Nations unies aux droits de l’homme dénonce un nettoyage ethnique, les ONG HRW, Amnesty et MSF accusent Israël de génocide. Elie Barnavi, historien, ancien ambassadeur d’Israël en France, déclare « il y a des génocidaires au sein du gouvernement israélien ».
Cette intention génocidaire est d’ailleurs assumée avec un cynisme ahurissant. Le premier ministre, Benjamin Netanyahou, avait clairement annoncé début mai « La phase finale de l’occupation complète de Gaza avec le déplacement forcé des 2 millions de Gazaouis dans une zone près de la frontière égyptienne ». Cette opération est en cours et a démarré par une intensification des bombardements et des destructions systématiques, avec des dizaines de victimes supplémentaires quotidiennes. L’aide humanitaire, après avoir été bloquée durant près de 3 mois, n’a repris qu’au compte-goutte. Le ministre d’extrême droite, Ben- Gvir, déclare « Je ne vois pas pourquoi nous devrions leur donner quoi que ce soit, ils ont assez de nourriture là-bas ».
D’autres déclarations de responsables israéliens allaient déjà dans ce sens dès le début de la guerre. Yoav Galant, ministre de la défense à l’époque, disait « combattre des « animaux humains », pour d’autres responsables « Gaza ne reviendra jamais comme avant. Nous éliminerons tout », « nous occuperons Gaza pour y rester ». Et ce genre de déclarations se multiplient.
Les preuves sont accablantes. Et elles sont insupportables : une population déplacée, redéplacée, une famine organisée, des enfants mutilés, des gens qui brûlent dans leurs tentes, des bombes qui peuvent tomber n’importe quand, des drones qui tirent sur les blessés, des camions et des bateaux d’aide humanitaire pris pour cible, le personnel médical visé et tué pour essayer de venir en aide aux Gazaouis. Ce n’est pas une guerre, c’est un massacre organisé, largement documenté, sur fond raciste, pour annexer un territoire, c’est une entreprise coloniale dont nous devrions toutes et tous avoir honte et fermement condamner.
On ne peut justifier ces actes comme une soi-disant réponse légitime aux crimes et aux prises d’otages du 7 octobre 2023. On ne répond pas à un crime par un autre. La punition collective de tout un peuple est une abomination.
Les citoyens se mobilisent dans le monde entier, en Belgique aussi. Les grandes manifestations de solidarité avec le peuple palestinien se succèdent à Bruxelles et ailleurs en Belgique.
Les gouvernements bougent aussi dans le monde, trop timidement encore sans doute, prennent des mesures à différents niveaux. Hélas très peu de pays européens ont pris des mesures fortes mais on sent que le vent tourne, enfin dira-t-on. Les déclarations de dirigeants européens reprises au début de cette intervention le montrent.
Que peuvent les autorités communales ?
La politique internationale ne fait à priori pas partie des compétences communales. Mais le respect des droits humains s’impose à tout le monde, citoyens, citoyennes et institutions. Comme disent les analystes, il s’agit de se ranger du bon côté de l’histoire.
Ce fut le cas de la commune de Rixensart, à plusieurs reprises, dans le passé. On se souviendra du jumelage avec Bradu, commune roumaine, lors de la chute de Ceaucescu, de l’adoption de la motion « Commune hospitalière » et de l’aide à l’hébergement des migrants et, bien sûr, des actions de solidarité avec l’Ukraine décidées par la commune.
Cette tradition de solidarité et de défense des droits humains ne peut se démentir aujourd’hui et la commune se doit de marquer son soutien au peuple gazaoui victime d’atrocités qui menacent sa survie. Dans les circonstances actuelles, l’inaction se mue en complicité. Par ailleurs, le Règlement d’ordre intérieur du conseil communal et la charte de déontologie et d’éthique des conseillers engagent ces derniers au respect des principes fondamentaux de la dignité humaine.
Il n’y a donc pas à tergiverser. Que peut faire la commune ?
C’est bien entendu au Collège et au conseil communal d’en décider.
Mais comme citoyens engagés de Rixensart, nous sommes nombreux à vous demander de réagir. Concrètement, nous vous demandons :
- Au niveau de vos partis politiques, faire remonter vos voix, nos voix, pour amener votre parti à se positionner au plus vite et œuvrer en faveur de la reconnaissance de la Palestine et la prise immédiate de sanctions à l’égard d’Israël. Les sanctions telles que stopper les collaborations économiques, et surtout dans la défense et l’armement avec cet Etat ou toute autre collaboration institutionnelle ;
- Au niveau de la commune, rejoindre le groupe de communes belges (Liège, Verviers,…) et européennes qui se sont déclarées symboliquement « commune contre le génocide et contre l’apartheid » de façon à condamner ce qui est en train de se passer à Gaza ;
- Toujours au niveau de la commune (et du CPAS) d'exclure de ses marchés publics toute entreprise (sous-traitants éventuels inclus) ayant des liens ou jouant un rôle dans l'occupation de la Palestine. Il s’agit ici de respecter les obligations des collectivités locales de promouvoir les droits humains dans leurs transactions commerciales et de celles découlant de la législation belge et européenne sur les marchés publics, notamment la loi du 17 juin 2016 relative aux marchés publics ;
- Et enfin, toute autre initiative dont les élus communaux pourraient s'inspirer, par exemple via les propositions des ONG engagées dans la défense des droits du peuple palestinien.
Je vous exhorte à agir rapidement, il y a urgence, chaque jour qui passe voit la mort de dizaines de victimes, dont des femmes et des enfants, bombardés, affamés, brûlés. C’est en multipliant les actions à tous les niveaux, du local à l’international, que les choses finiront par bouger.
Merci pour votre attention et votre solidarité."
Madame la Bourgmestre répond à l'intervenante, Madame TEXTE MASQUÉ | RGPD, comme suit :
" Madame TEXTE MASQUÉ | RGPD, Mesdames et Messieurs,
Permettez-moi tout d’abord – au nom de l’ensemble de notre majorité - de vous remercier sincèrement pour votre interpellation qui témoigne de votre engagement citoyen et de votre sensibilité profonde aux souffrances humaines. Votre initiative souligne aussi l'importance essentielle du rôle des citoyens et des acteurs locaux face aux crises internationales.
À priori, la situation évoquée dans votre interpellation dépasse largement les compétences habituelles de notre Conseil communal. La politique internationale - et vous le savez - n’est pas de notre ressort direct, et notre champ d'actions en la matière est donc (très) limité.
Toutefois, en tant que mandataires locaux, en tant qu'élus et surtout en tant que citoyens, nous avons le devoir d'apporter une réponse à vos préoccupations légitimes face à une crise humanitaire qui nous interpelle profondément.
Les faits rapportés sont alarmants : plus de 2 millions de civils à Gaza subissent quotidiennement des bombardements intenses, des déplacements forcés massifs, et une aide humanitaire fortement entravée. Les témoignages d’ONG ainsi que les déclarations internationales évoquant une situation dramatique, exigent toute notre attention. Les chiffres évoqués, les dizaines de victimes civiles chaque jour, dont beaucoup de femmes et d’enfants, ne peuvent laisser personne indifférent.
Nous considérons qu'il est pleinement légitime, voire nécessaire, pour notre commune d’exprimer clairement notre solidarité humaine et notre attachement aux valeurs universelles. Nous n'avons pas à choisir un camp, nous n'avons pas à pas à nous prononcer, pour ou contre, l’un ou l’autre. Nous ne sommes ni historiens, ni diplomates et encore moins un tribunal. Notre seul camp est celui de la paix, de la liberté et de la dignité humaine.
Notre indignation face aux souffrances humaines ne peut donc être ni sélective, ni exclusive. Nous partageons cette même préoccupation face à d'autres conflits dans le monde, qu’il s’agisse de l’Ukraine, du Soudan, de l'Afghanistan ou de toutes autres régions confrontées à la guerre ou à l’oppression.
C’est également dans cet esprit que nous avons pris acte de la motion déposée ce soir. Un groupe de travail réunissant l’ensemble des groupes politiques représentés au conseil communal examinera avec sérieux et responsabilité les initiatives et actions concrètes possibles, toujours en termes strictement humanitaires et dans le cadre de nos missions. L’objectif est clair : permettre à notre conseil communal de s’exprimer d'une seule voix, unie et solidaire.
Dans l’immédiat, nous réaffirmons notre profonde inquiétude face à cette crise humanitaire majeure. Ce qui se passe à Gaza est un désastre humanitaire dont on ne peut rester insensible. Nous demeurons attentifs à toutes les propositions constructives susceptibles de recueillir un large consensus au sein de notre conseil. C’est précisément dans ce cadre-là que nous serons utiles et resterons à l’écoute.
Je vous remercie sincèrement pour votre engagement citoyen et pour avoir porté ce sujet essentiel à notre attention. "