Droit d'interpellation d'un habitant
Le Conseil;
Considérant le chapitre 5 "Le droit d'interpellation des habitants" du règlement d'ordre intérieur du conseil approuvé en séance du 7 septembre 2022;
Considérant que MTEXTE MASQUÉ | RGPD a transmis une demande d'interpellation citoyenne dans le respect des articles 67 et suivants du chapitre 5 du règlement d'ordre intérieur;
Considérant que le Collège communal a décidé de la recevabilité de la demande lors de sa séance du 17 septembre 2024;
Considérant que MTEXTE MASQUÉ | RGPD a été informé par courrier daté du 18 septembre 2024 qu'il serait invité à présenter son interpellation lorsque le nouveau conseil communal aurait été installé;
Considérant que MTEXTE MASQUÉ | RGPD a confirmé pouvoir être présent lors de la séance du conseil communal programmée le 20 janvier 2025;
Prend connaissance de l'interpellation de MTEXTE MASQUÉ | RGPD dont le texte intégral est repris ci-dessous :
Monsieur le Bourgmestre, Mesdames et Messieurs les membres du Conseil communal,
Comme de nombreux autres habitants de Sprimont, je suis profondément préoccupé par l'avenir de notre village, tant sur le plan de son développement économique que social. Père de deux enfants, je vis dans cette commune depuis ma naissance. J'ai grandi en observant les efforts de mes parents et des habitants de Fraiture pour préserver leur environnement face aux extensions des carrières et à la destruction de nos paysages. J'ai vécu au rythme des tirs de mine, annoncés chaque mercredi sur le panneau communal au centre du village. Ai-je pour autant mal vécu mon enfance à Sprimont ? Absolument pas. Sprimont est une commune magnifique, et j'ai eu la chance de profiter des promenades offrant des vues superbes sur Comblain-au-Pont depuis les rochers entaillés. Mais soyons clairs : ce n'était pas grâce aux carrières que j’ai profité de notre commune, mais bien malgré elles. J'aime profondément notre commune et j'ai choisi d'y fonder ma famille. J'espère que mes enfants pourront partager cette même envie et ce même plaisir à l'avenir. Cependant, si à chaque génération nous devons constamment interpeler les autorités communales et engager des avocats pour protéger ce qui fait notre bonheur – à savoir, nos espaces de vie – un sérieux doute commence à s'installer en moi. Si le dynamisme de la vie de notre commune a pu profiter de la présence des carrières par le passé, aujourd'hui, elle en souffre. C'est particulièrement le cas avec la carrière du Coreux et les incertitudes qui pèsent sur son avenir.
En tant que citoyen préoccupé, je me suis renseigné sur la question.
Comme indiqué début 2024 par l’exploitant aux autorités communales, la société a entamé les démarches pour introduire les demandes de permis et de modification de plan de secteur afin d’exploiter la pierre sous les bâtiments existants puis s’étendre et exploiter hors de la zone autorisée, au nord du site. Des consultations préliminaires ont déjà eu lieu auprès de la Région à ce sujet.
La démolition des halls historiques de la carrière, et l’exploitation sous ceux-ci, si elle se confirmait, pourrait impacter très négativement le village. Elle impacterait notamment l'attractivité de Sprimont, nuirait aux commerces locaux, à la qualité de vie des riverains, et dévaluerait considérablement le patrimoine immobilier de nombreux habitants.
Plusieurs arguments reviennent souvent pour défendre l’idée d’un développement de la carrière. Je me permets de les lister et d’indiquer en quoi ils sont erronés.
« Sprimont est la commune des carrières ». Certes, Sprimont est historiquement une commune de carrières, et il est crucial de préserver ce patrimoine, mais cela doit être fait en étant en phase avec les réalités et les aspirations d’aujourd’hui. Valoriser notre passé ne signifie pas sacrifier notre avenir.
« C’est de l’emploi », c’est vrai, mais les emplois générés par ces activités sont peu nombreux aujourd’hui. Développer sur le site des activités de tourisme, d'artisanat, de commerces et de bureau attirerait plus d’emplois, de meilleure qualité, plus variés et avec des retombées locales bien plus bénéfiques.
« Notre pierre bleue est reconnue dans le monde entier ». Oui. La pierre bleue de Sprimont est célèbre, mais elle est aujourd’hui extraite à Chanxhe. La carrière du Coreux produit du concassé, pas de la pierre ornementale.
« C’est privé, ils font ce qu’ils veulent ». Oui, mais une telle activité, avec ses nuisances, doit être encadrée par des règles strictes. La commune a un rôle de régulateur et doit s'assurer que l'intérêt général soit respecté lors de la délivrance des permis.
« Une carrière a peu d'impact sur la qualité de vie des riverains, car l'exploitant doit respecter un permis d'exploitation strict ». En théorie, oui, mais en pratique, les contrôles sont insuffisants. De son propre aveu, la commune manque de ressources pour surveiller tous les permis en continu, surtout pour des nuisances nécessitant des équipements spécialisés.
« Les carriers ont une imposition, dans les permis, de prévoir l’après-vie des carrières » C’est vrai, mais pendant 30 ans d’exploitation, les impacts sur les riverains et la commune s’additionnent. De plus, le site du Coreux se différencie des autres carrières : ce site est situé à un endroit stratégique pour la commune, et ses bâtiments ont une valeur mémorielle, patrimoniale et culturelle.
« La carrière était là avant ». Effectivement, mais les temps ont changé. La carrière n’apporte plus les mêmes bénéfices qu’autrefois (emploi, activité, rayonnement international). La situation actuelle impose de repenser le statu quo et de trouver un équilibre entre “développement” et “respect des habitants”.
« C’est là qu’est la pierre ». Oui, mais il existe d'autres gisements exploitables ailleurs (sur la commune, en région wallonne ou en Europe) qui n’engendrent pas autant de nuisances. Si l'on devait aujourd'hui décider de l'emplacement d'une carrière, personne ne choisirait de l'installer au centre d'un village.
C’est l’argument du statu quo qui repousse le problème sans le résoudre.
Des alternatives sont possibles pour créer de l'emploi local, renforcer l'attractivité du village et faire de Sprimont un endroit où il fait bon vivre. Ce site exceptionnel peut accueillir une diversité d’activités complémentaires (économiques, culturelles, sportives, patrimoniales, touristiques) qui sont bénéfiques à la collectivité.
On pourrait profiter des bâtiments industriels en pierre du début du siècle dernier, qui font partie de l'histoire de Sprimont et de la région. Plutôt que de les démolir, on peut faire de ces bâtiments des espaces de vie et de commerce, où les familles peuvent se promener, où les producteurs locaux sont mis à l'honneur, et où les petits indépendants peuvent prospérer et contribuer à la vitalité du village, où les sprimontois pourraient se retrouver.
En plus d’accueillir une activité économique et une dynamique positive dans les bâtiments, le reste du site pourrait être mis intelligemment à profit : le site a un potentiel géothermique et photovoltaïque important qui peut contribuer à la transition énergétique de la commune. Le trou peut être exploité pour des activités nature, sportives, culturelles, comme des spectacles. Le tout doit être réfléchi en bonne intelligence avec les acteurs du domaine, comme le foyer culturel, la bibliothèque et le Centre d’Interprétation de la Pierre, qui pourraient trouver dans cet endroit une très belle vitrine. Du fait de sa position, le site pourrait être un maillon important pour la mobilité, que ce soit en accueillant des places de parking avec borne de recharge pour la mobilité électrique, en proposant un accès alternatif au charroi de la rue du Tultay, ou en participant à une liaison cyclo-piétonne entre le zoning de Damré et le centre de Sprimont.
Cet endroit pourrait accueillir une mixité fonctionnelle riche, et permettrait de créer de chouettes relations symbiotiques entre les différents acteurs qui partageraient les lieux.
Sommes-nous idéalistes ? Non. De nombreux exemples existent ailleurs en Région Wallonne et en Europe. Ces projets montrent que la réhabilitation de tels sites peut devenir un moteur du développement économique de la commune et de la qualité de vie pour ses habitants. À ce sujet, l'association Encoreux dont je fais partie a été créée pour recenser les bonnes pratiques mises en œuvre ailleurs, promouvoir le développement de ces alternatives, démontrer ce qui est réalisable, et entamer des discussions pour un éventuel rachat du site, tout cela dans une logique d'attractivité et de développement économique conçu pour et par les Sprimontois, dans l’intérêt général. Je vous encourage à aller consulter le contenu disponible sur encoreux.be. Cette initiative a besoin du soutien de la commune, pour faciliter le développement de projets qui bénéficieront à la commune et à l’ensemble des citoyens et aux commerces locaux.
Sprimont a un potentiel considérable pour devenir un lieu vivant et agréable, où notre histoire et notre patrimoine sont respectés et valorisés. Le site du Coreux en particulier est idéalement situé dans le village, à proximité d’axes routiers importants qui sont des atouts à exploiter.
La commune aura donc un rôle majeur à jouer ; ses décisions dans les prochains mois seront déterminantes sur ce à quoi notre commune ressemblera dans dix, vingt, cinquante ans.
C’est dans ce contexte que j'aimerais connaître la position du Collège communal sur cette question cruciale pour l'avenir de notre village, à savoir : “Quelle est votre position sur la démolition des bâtiments du site du Coreux, et quel avenir défendrez-vous pour ce site et ses environs ?”
Je vous remercie d'avance pour votre réponse.
Prend connaissance de la réponse du Collège, représenté par Mme Pascale UMMELS :
Monsieur,
Je vous remercie pour votre interpellation.
Sprimontoise depuis toujours, j’ai vécu toute ma vie entourée des carrières mais aussi d’exploitations agricoles. Ces 2 activités, bien que nécessaires, amènent inévitablement des avantages et des inconvénients, des nuisances et des atouts. Néanmoins, jamais il ne m’a été envisageable de demander de stopper l’une d’elle pour mon bien-être personnel. Il est bien plus important de se réunir et de concilier afin que chacun puisse continuer à vivre ensemble en se respectant mutuellement. C’est bien le rôle des comités d’accompagnement des carrières qui sont composés des citoyens de la commune et des carriers.
Contrairement à vos dires, il n’y a aucune procédure débutée afin de modifier le plan de secteur de la zone nord du site et il n’y a pas besoin de le modifier pour extraire la pierre en-dessous des bâtiments étant donné que le site est déjà en zone d’extraction.
Comme à chaque fois que nous avons une interpellation pour un dossier qui n’est pas encore déposé, le collège n’ayant pas pu étudier la demande complète, il lui est impossible de donner un avis.
La société ORBIX, propriétaire des carrières du Coreux, du Rondia, de Chanxhe et de Rivage, a présenté mi-décembre au collège, de façon très concise, leur projet d’extraire de la pierre bleu sous les bâtiments existants. Nous parlons donc bien ici de Pierre bleu. Suite à cette présentation, nous avons demandé que soit présenté également celui-ci aux deux associations citoyennes qui s’intéressent à la carrière du Coreux, c’est-à-dire le comité d’accompagnement et l’ASBL ENCOREUX. Etant membre de cette ASBL, je suppose que vous en avez été informé.
Je voulais juste remettre la demande des carriers dans le contexte.
Il y a 2 ans, un permis a été déposé pour remblayer la partie ouest de la carrière, c’est-à-dire le trou dans lequel ils travaillent actuellement. Ce permis leur a été refusé par la RW car, selon les fonctionnaires de la Région, je cite : « Les activités d’extraction priment. Il reste une zone à exploiter. Les activités de remblai pourraient gêner celle de l’extraction ». La région juge donc que toute la pierre disponible en zone d’extraction au plan de secteur, n’a pas été extraite et qu’aucun permis ne sera octroyé (remblai ou autres) tant que la zone n’est pas complètement extraite. C’est donc pour cette raison que la société ORBIX a étudié l’opportunité (y a-t-il en effet de la pierre sous les bâtiments) et la possibilité (en quel cas est-ce possible d’y travailler).
Bien que nous sommes dans le pays de la pierre, il est bien évident que le collège reste très attentif à toute demande de projet au sein des carrières. Comme je vous l’ai dit, le collège ne peut se positionner sur une demande que nous n’avons pas encore reçue.
Nous voulions également vous prévenir que, bien que dans la procédure de la demande de permis ce ne soit pas imposé, nous avons demandé à la société ORBIX d’organiser une réunion publique dès que le dossier sera déposé afin que les citoyens prennent connaissance de celui-ci et qu’ils aient le temps de l’analyser et qu’ils puissent poser leurs questions aux carriers.
En ce qui concerne la demande de démolir les bâtiments, nous explorons des alternatives pour préserver notre patrimoine. Indépendamment de l'octroi du permis, il est impératif d'intervenir en raison de l'état de ces bâtiments.
Nous vous remercions pour votre intérêt envers Sprimont. Nous restons à votre disposition pour toute information complémentaire dès que la demande de permis sera en notre possession.
MTEXTE MASQUÉ | RGPD remercie à nouveau le Collège.