FOLKLORE - Commission Consultative du Folklore. Clôture des travaux au sujet du diable de la Barque des Pêcheurs napolitains et du diable Magnon. Avis final et propositions. Approbation.
Note de synthèse explicative
Mesdames, Messieurs,
Depuis août 2019, la Ducasse d’Ath fait l’objet d’une polémique abondamment relayée par les médias belges et internationaux. Au cœur du débat : le personnage du Sauvage (qui défile sur la Barque des Pêcheurs napolitains), accusé de blackface (grimage en noir d’une personne blanche). Des plaintes ont été déposées auprès d’UNIA (centre interfédéral pour l’égalité des chances), la Fédération Wallonie-Bruxelles et l’UNESCO. Selon ces plaintes, la pratique du blackface véhicule des stéréotypes racistes et accentue les discriminations envers les personnes afrodescendantes.
Les rétroactes :
En 2022, de nouvelles plaintes, associant également le personnage de Magnon (le diable qui défile aux côtés des époux Goliath), ont été déposées auprès de l’UNESCO. Conformément aux règlements de cette institution internationale, ces plaintes ont déclenché formellement une procédure visant à déterminer si la Ducasse d’Ath contrevient à la convention du patrimoine culturel immatériel, plus particulièrement l’article 2 qui définit que les éléments classés doivent participer au “respect de la diversité culturelle”. En décembre 2022, le comité du patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO s’est réuni à Rabat (Maroc). À la suite des débats de cette assemblée, la Belgique a demandé le retrait de la Ducasse d’Ath de la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité.
Afin de trouver une solution à cette problématique, le Conseil communal d’Ath, en sa séance du 17 novembre 2022, a entériné les principes de la mise en œuvre d’une Commission citoyenne du folklore. Cet organe consultatif composé de soixante citoyens doit remettre un avis au Conseil à sa demande, concernant le folklore athois. La légitimé de cette Commission est assurée par sa composition qui assure la représentativité la plus large de la population athoise et de ses sensibilités. La Commission citoyenne du folklore est composée de 60 personnes désignées par la Conseil communal, selon les modalités suivantes :
- 10 représentants du folklore
- 10 représentants de la société civile (enseignement, associations culturelles et d’intégration, acteurs économiques, ainés, jeunesse, membres des services de sécurité)
- 40 citoyens Athois ayant participé à l’enquête “Le Sauvage, si on en parlait ?”, sur base de candidatures. L'autorité communale a veillé à respecter la répartition des classes d’âge et l’égalité femme/homme.
- Chaque parti politique représenté au Conseil communal a désigné un observateur (qui assistera aux travaux de la Commission, mais sans droit de vote).
Un huissier de Justice a attesté de la conformité de la procédure.
En sa séance du 25 janvier 2023, le Conseil communal a décidé, à l'unanimité, d'approuver le règlement d'ordre intérieur de la commission, de désigner ses soixante membres et de demander à la commission d'examiner la problématique du blackface au sein de la Ducasse d'Ath qui se traduit par les personnages du Sauvage et du diable Magnon. Ensuite, de remettre un avis clair et tranché à la question suivante : les personnages du Sauvage et du diable Magnon doivent-ils être conservés en l’état ou faut-il les faire évoluer ?
En sa séance du 1er juin 2023, le Conseil communal a pris connaissance du premier avis de la Commission citoyenne du folklore, à savoir : « Le « Sauvage » doit représenter un diable et pas un être humain. Il s’agit d’un personnage imaginaire et fantastique. Il est nécessaire de réécrire son histoire. Pour éviter les ambiguïtés, il est proposé de lui ajouter des caractéristiques visuelles qui affirment et génèrent la dimension fantastique et son aspect de diable (lentilles rouges, paupières et orbites rouges, …). Il est proposé de changer officiellement son nom et de le dénommer le « diable de la barque des Pêcheurs napolitains ». En ce qui concerne le « diable Magnon », la commission propose d’affirmer davantage la dimension diabolique et fantastique du personnage, en levant toute ambiguïté et en veillant à ne pas blesser des communautés ».
Le Conseil communal a pris acte de cet avis, sans remarque. La mission de la Commission citoyenne du folklore a été prolongée afin qu’elle puisse remettre un avis complet et définitif sur la problématique visée, plus particulièrement en définissant de manière claire et précise l’apparence des personnages concernés.
A la suite de l’édition 2023 de la Ducasse d’Ath, UNIA, le service public interfédéral pour l’égalité des chances, a repris contact avec les autorités communales. De nouvelles plaintes, tant internes qu’externes, avaient été reçues. UNIA soulignait également que le fait de persister dans la pratique du blackface pourrait laisser présumer d’une intention, et entrer dans l’application des législations contre le racisme ou les discriminations. Cette position a été étayée par un avis juridique remis aux autorités communales le 21 décembre 2023.
L’avis de la Commission citoyenne du folklore
Le samedi 17 février 2024, la Commission citoyenne du folklore s’est réunie pour poursuivre sa réflexion au sujet des personnages du diable de la Barque des Pêcheurs napolitains et du diable Magnon, qui participent aux festivités de la Ducasse d’Ath.
Concernant le personnage du diable de la Barque des Pêcheurs napolitains, la Commission a pris connaissance de la proposition du groupe de travail constitué de représentants de la Barque des Pêcheurs napolitains et d’une série d’experts externes. L’intention des participants a été de renforcer la cohérence de l’identité du personnage, tout en conservant sa source. Il a semblé préférable de faire évoluer le personnage en l’enrichissant, notamment au niveau de ses costume et grimage traditionnels. Les participants ont cependant porté une attention permanente à l’objectif initial, à savoir « affirmer et générer la dimension fantastique du diable, en veillant à ne pas heurter d’autres communautés, tout particulièrement les populations afro-descendantes ».
Les membres du groupe de travail ont écrit l’histoire de la Barque des Pêcheurs napolitains. Dans ce récit, ils ont veillé à mettre en avant les valeurs de leur groupe, tout spécialement l’esprit d’indépendance, la quête de liberté et la solidarité. Ils ont également eu à cœur de mettre en exergue l’ambivalence du personnage du diable, qui, tout à la fois, peut inspirer la crainte par son attitude, mais aussi devenir un allié et un porte-bonheur pour les Pêcheurs napolitains et la population athoise. Le caractère fantastique et non-humain du diable est bien entendu au cœur de la narration. L’histoire, même si elle laisse des zones d’ombre, permet au lecteur ou au spectateur de laisser libre court à son imagination ; elle donne également des pistes de compréhension quant à la représentation du personnage.
La réflexion autour de l’apparence du diable et de l’évolution de son costume traditionnel s’est articulée autour de deux grands principes :
- l’affirmation de ses aspects fantastiques, tout spécialement diaboliques ;
- la volonté d’augmenter le caractère prestigieux du personnage, divinité remarquable ou du moins, personnalité de haut rang.
Il en ressort les caractéristiques suivantes :
- Les cornes sur le front :
Dans toutes les fêtes traditionnelles, tant en Europe qu’en Amérique latine, cet attribut permet l’identification du démon. Les cornes seront placées, au niveau du front, sur le bandeau qui soutient la coiffe de plumes. Les cornes seront dorées, afin de créer un effet brillant et d’être fortement visibles. - Un grimage bicolore, noir et rouge :
La base du grimage restera le noir, pour s’inscrire dans la forme traditionnelle du personnage, mais la partie supérieure du visage sera rouge. La bichromie rouge/noir est renforcée par l’intégration d’un réseau de lignes rouges sur l’ensemble du vêtement du personnage, qui renforce son aspect surnaturel. - Différentes parures dorées et prestigieuses :
Massue avec des parties dorées, bracelets et brassards ornés, plastron. Un soin particulier est apporté aux bijoux du visage (nez et oreilles) qui prennent une forme stylisée (carré sur la pointe) et un rendu soigné (incrustations) pour éviter toute confusion avec l’anneau de l’esclave. - L’utilisation des plumes :
Une attention particulière est portée à la mise en œuvre des plumes sur le pagne et sur la coiffe. Des plumes colorées (oranges, rouges, blanches) seront ajoutées afin d’accentuer la magnificence du personnage.
- La suppression des chaînes :
Après réflexion, le groupe de travail a choisi de supprimer les chaînes reliées aux poignets du diable, afin de poser un geste symbolique de libération du personnage.
La proposition du groupe de travail a été soumise à UNIA, le centre interfédéral pour l’égalité des chances. Un avis positif a été remis soulignant que : « il n’y a plus d’objection majeure avec cette proposition dans la mesure où le personnage paraît dans cette forme plus clairement ressortir de l’imaginaire fantastique (cornes, couleurs du visage et du vêtement qui forment un tout). Le risque d’association au stéréotype du « blackface » nous semble dès lors diminué ». UNIA a cependant précisé quelques points d’attention : « la nécessité de maintenir cette identité de démon fantastique à travers tout le processus, notamment dans l’étape du grimage et dans le comportement du personnage ; les cornes jaunes doivent par exemple être suffisamment grandes. L’anneau de nez carré doit garder sa forme improbable. Il faut éviter à tout prix que les plumes ressemblent à une parure amérindienne ».
Dans ce contexte, la Commission citoyenne du folklore a approuvé à une très large majorité la proposition du groupe de travail au sujet du personnage du diable de la Barque des Pêcheurs napolitains. Des points de vigilance ont été soulevés, notamment la nécessité de porter une attention particulière à la communication des résultats obtenus par la commission (notamment l’histoire du personnage). Les membres seront également particulièrement attentifs au respect de la représentation du personnage. La commission a également marqué son accord au sujet du diable Magnon, dont le grimage est devenu de couleur rouge. Cette couleur sera accentuée sur certains éléments de son costume lors de l’édition 2024 de la Ducasse d’Ath.
Les pièces suivantes sont annexées au présent rapport :
- L’histoire du Diable de la Barque des Pêcheurs napolitains
- Illustration avec l’apparence du Diable de la Barque des Pêcheurs napolitains
- Apparence du diable Magnon
- Les PV des 4 séances de la CCF
- La note d’intention du groupe de travail
- Les échanges avec UNIA
En application de l’article 5 du règlement d’ordre intérieur de la Commission citoyenne du folklore, il est proposé au Conseil communal d’approuver l’ensemble des travaux et avis de la Commission Citoyenne du Folklore.
Délibération
Le Conseil communal réuni en sa séance publique,
Vu le Code de la Démocratie Locale et de la Décentralisation et plus particulièrement ses articles L1122-30 et L2235-5 ;
Attendu qu'en sa séance du 17 novembre 2022, le Conseil communal a entériné les principes de la mise en œuvre d'une Commission Citoyenne du Folklore. Cet organe consultatif composé de soixante citoyens doit remettre un avis au Conseil à sa demande, concernant le folklore athois ;
Attendu qu’en sa séance du 25 janvier 2023, le Conseil communal a décidé, à l'unanimité, d'approuver son règlement d'ordre intérieur de la commission, de désigner ses soixante membres et de demander à la commission d'examiner la problématique du blackface au sein de la Ducasse d'Ath qui se traduit par les personnages du Sauvage et du diable Magnon. Ensuite, de remettre un avis clair et tranché à la question suivante : les personnages du Sauvage et du diable Magnon doivent-ils être conservés en l’état ou faut-il les faire évoluer ?;
Considérant le rapport de l’état d’avancement des travaux de la Commission Citoyenne du Folklore, après ses trois séances des 12 mars 2023, 26 mars 2023 et 16 avril 2023;
Considérant qu’une première position commune a pu être dégagée, à savoir que la commission s’accorde sur le fait que le « Sauvage » doit représenter un diable et pas un être humain. Il s’agit d’un personnage imaginaire et fantastique. Il est nécessaire de réécrire son histoire;
Attendu qu'en sa séance du 1er juin 2023, le Conseil communal a pris acte, sans remarque, du premier avis de la Commission citoyenne du folklore et a prolongé la mission de la Commission citoyenne du folklore afin qu’elle puisse remettre un avis complet et définitif sur la problématique visée, plus particulièrement en définissant de manière claire et précise l’apparence des personnages concernés;
Attendu que la Commission citoyenne du folklore s’est réunie le 17 février 2024 pour poursuivre sa réflexion au sujet des personnages du diable de la Barque des Pêcheurs napolitains et du diable Magnon, qui participent aux festivités de la Ducasse d’Ath;
Attendu que la Commission citoyenne du folklore a approuvé à une très large majorité la proposition du groupe de travail au sujet du personnage du diable de la Barque des Pêcheurs napolitains;
Considérant l'avis néant du Directeur Financier remis en date du 17/03/2024,
DECIDE, par 19 voix pour, 5 voix contre (Groupe LA : MM. Patrice BOUGENIES, Raymond VIGNOBLE, Bruno MONTANARI et Mme Christelle HOSSE - Conseillère indépendante : Mme Nathalie LAURENT) et 3 abstentions (Groupe LA : MM. Marc DUVIVIER, Pierre CAPPELLE et Mme Pascale NOULS-MAT) :
- d’approuver l’ensemble des travaux et avis de la Commission Citoyenne du Folklore.